Yakisugi (ShouSugi Ban)

Shou Sugi Ban ou Yakisugi : le bois brûlé dans tous ses états

Shou Sugi Ban, Yakisugi, bois brûlé : vous connaissez ?

Technique japonaise ancestrale, le brûlage du bois séduit de plus en plus à travers le monde. Écologique, résistant, durable, protecteur et décoratif, découvrons ensemble les multiples propriétés du bois brûlé.

Je vous ai préparé un dossier complet pour découvrir le Shou Sugi Ban (pardon, le Yakisugi : je vais vous expliquer les différentes appellations). Nous verrons aussi comment adopter le bois brûlé, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Infos, astuces, techniques et mode d’emploi, tout y est ! Alors suivez-moi et sortez les chalumeaux !

Les origines du bois brûlé

L’utilisation du bois brûlé remonte à la nuit des temps. Par exemple, au Néolithique, les humains durcissaient leurs pointes de flèches à la flamme.

C’est dans le Japon médiéval que la technique de brûlage du bois de bardage s’est développée. En effet, comme dans les villes d’Europe, les maisons japonaises était majoritairement construites en bois. De plus, les rues étaient étroites. Cela favorisait la propagation d’incendies gigantesques comme celui de Chartres en 1134, de Bourges en 1252 ou ceux qui ravagèrent l’ancienne capitale du Japon : Edo.

Bois brûlé à la torche avant d'être huilé avec l'huile pure Tung

Ces incendies urbains étaient parmi les pires calamités que les habitants avaient à redouter. La ville d’Edo a connue à elle seule 85 incendies majeurs durant son histoire ! Les japonais ont donc pris l’habitude à cette époque de brûler les bardages de cèdre (Cryptomeria japonica) qu’ils employaient pour leurs façades. Pourquoi ? C’est ce que nous allons voir.

Les avantages du Shou Sugi Ban !

Les avantages du Shou Sugi Ban sont multiples :

  •  Une fois brûlé, le bois devient plus résistant et ralentit la propagation du feu entre les bâtiments.
  • Le bois ainsi traité ne contient plus d’amidon dans ses couches supérieures, les insectes xylophages et les champignons n’ont donc plus rien à grignoter !
  • Le bois brûlé est extrêmement résistant aux UV (qui est une des causes majeures du vieillissement du bois).
  • Après le huilage final le bois est hydrofuge, limitant ainsi les variations dimensionnelles.

Le bois ainsi préparé et protégé est réputé durer près d’un siècle ! Quel traitement chimique nous garantit une telle longévité ? Ne cherchez pas, il n’y en a aucun !

Vous l’aurez compris, le Shou Sugi Ban(Yakisugi) mérite vraiment qu’on s’y arrête car il présente de nombreux avantages pour la réalisation d’éléments extérieurs en bois massif. Les multiples variations des tons du brûlage du bois offrent également toute une palette d’effets pour la décoration intérieure. L’intensité du feu, les essences employées (cèdre, douglas, chêne, pin…) et le débit (dosse ou quartier) sont les 3 facteurs à explorer pour faire varier son esthétique. Vous avez ensuite une multitude de possibilités.

Les différentes utilisations du Shou Sugi Ban

Longtemps réservé au bardage des maisons, le bois brûlé s’invite partout, à l’extérieur comme à l’intérieur de la maison. Le Yakisugi est devenu une tendance lourde en architecture et en déco.

En intérieur

Certains adoptent le Shou Sugi Ban en revêtement mural. En habillage d’une cheminée ou en tête de lit dans une chambre, l’effet est garanti !

Imaginez également l’allure que peut donner ce noir profond à un vieux meuble customisé par le feu. Les objets du quotidien peuvent également recevoir ce traitement : planche à découper, couverts en bois, luminaires, objets déco, porte-clés ou porte-manteau… La créativité est infinie !

cachalot en Shou Sugi Ban Yakisugibois brûlé / brossé teinte à bois bleue

En extérieur

Cette technique japonaise ancestrale constitue une alternative plus écologique aux bois tropicaux ou traités. Que diriez-vous de laisser pousser les cumaru (Dipteryx odorata) ou ipé au Brésil et d’opter pour une terrasse en bois brûlé ? Des tests sont actuellement en cours pour faire évoluer les classements techniques du Shou Sugi Ban et faire reconnaitre ses performances.

Clôtures, claustras, pergolas et jardinières en bois brûlé vont vous séduire par leur esthétique et leur côté écolo !

D’ailleurs, en dehors du bardage de notre maison en bois brûlé, j’ai également utilisé le Shou Sugi Ban pour mes potagers en carrés. Je les réalise avec du douglas que j’ai abattu et débité dans ma forêt. Vous pouvez aussi utiliser du bois de coffrage (non-traité) que vous trouvez dans les cours à matériaux des grandes surfaces de bricolage.

L’avantage est d’utiliser du bois vraiment pas cher et de le rendre esthétique et beaucoup plus durable, même en contact direct avec la terre. Le brûlage modifie la structure du bois. En effet, la cellulose disparait en laissant la lignine. Comme les insectes et les champignons se nourrissent des sucres (amidon) contenus dans la cellulose, le bois brûlé ne présente plus d’intérêt pour eux.

Matériel indispensable pour le brûlage du bois

Si vous voulez faire votre propre Shou Sugi Ban, il vous suffit de quelques éléments pour commencer :

  1. Vos planches (essence, épaisseur et type de débit à votre convenance)
  2. Chalumeau de couvreur avec sa bonbonne de gaz (pour les petits projets un petit brûleur au butane de ce type peut vous suffire)
  3. De l’eau pour stopper le feu
  4. Brosse métallique à fils laitonnés
  5. De l’huile de Tung pour fixer le carbone et nourrir le bois
chalumeau en action

chalumeauprêt pour votre Shou Sugi Ban !

Le bois brûlé japonais en 5 étapes

N’ayez pas peur, le Shou Sugi Ban est un procédé très simple. Essayez, je suis sûr que vous allez adorer ça !

1/ Brûler le bois à l’aide du chalumeau en veillant à être régulier dans le brûlage pour obtenir une teinte homogène.

brûlage sur chêne

brûlage de chêne

2/ Lorsque le bois est bien brûlé en surface ou que vous estimez que sa teinte vous convient, arrêter le feu avec de l’eau puis laisser le bois à la verticale pour que l’eau puisse ruisseler hors de la planche. Laisser sécher quelques instants (variable en fonction du climat…).

stopper le feu avec de l'eau

3/ Une fois la planche sèche, brosser le bois dans le sens des fibres pour enlever la couche carbonisée et friable. Pour cette étape, je préfère utiliser une brosse violon à fils laitonnés. Sa forme permet d’accéder facilement à tous les recoins et ses fils sont à la fois fermes et fins. Le résultat dépend en partie du type de brossage que vous effectuez.

brossage shou sugi ban

brossage des parties friables

4/ Appliquer ensuite généreusement l’huile de Tung Sol-éco à l’aide d’un spalter ou d’un pinceau large.

application de l'huile Sol-éco

application de l’huile de Tung Sol-éco

huilage au pinceau shou sugi ban

5/ À l’aide du chalumeau, sécher l’huile en chauffant l’ensemble de la planche. Régler la flamme avec moins de puissance que lors du brûlage. Le but étant d’accélérer la catalyse de l’huile par évaporation des parties volatiles et non pas de rebrûler votre planche !

re-brûlage de l'huile

chauffer l’huile aide à la faire pénétrer en profondeur

Et voilà ! L’ensemble de ces opérations vous auront pris environ 10 minutes pour une planche de bardage classique. Toutefois, ne transposez pas ce temps pour chaque lame de bardage. Vous irez beaucoup plus vite en travaillant en série !

Votre bois est maintenant prêt à traverser le temps !

final shou sugi ban

Du bois protégé pour des décennies !

Si vous souhaitez aller plus loin et vous former au bois brûlé, voici ce que j’ai préparé pour vous.

Shou Sugi Ban ou Yakisugi : quelle différence ?

Vous l’avez remarqué, depuis le début de cet article, je vous parle de Shou Sugi Ban et de Yakisugi pour vous présenter la technique du bois brûlé. En réalité, ces 2 termes ont la même signification.

MAIS, ce n’est pas aussi simple ! Voici l’histoire en détails…

Le Shou Sugi Ban n’existe pas !

Je croyais que le Shou Sugi Ban existait depuis des siècles ! Qu’il était apparu du côté de Seto et Hiroshima, au Japon pour protéger le bois du climat local chaud et humide. Je m’étais trompé… Enfin pas complétement non plus !

Cette technique ancestrale japonaise protège durablement le bois par le feu. Elle présente de nombreux avantages techniques, écologiques et esthétiques. Je l’emploie moi-même depuis plusieurs années avec bonheur tant à l’extérieur qu’en intérieur. J’ai même écrit plusieurs articles sur le Shou Sugi Ban dont “Ma maison en bois brûlé”.

façade de maison en bardage bois brûlé yakisugi Shou Sugi Ban

Je le sais maintenant, je faisais une erreur monumentale. Moi qui aime la précision, je suis resté plus de 6 ans dans le faux. Fin 2019, j’ai persévéré dans l’erreur en créant un groupe Facebook : “Fans du Shou Sugi Ban” (vous êtes bien sûr invité à rejoindre ce groupe si le thème vous intéresse). Ce groupe francophone à l’origine est vite devenu international. Il regroupe aujourd’hui plus d’une vingtaine de nationalités issues de 5 continents ! Que des joyeux fans du Shou Sugi Ban ! D’ailleurs j’adore l’enthousiasme qui se dégage du groupe. Tous ces passionnés du monde entier, fiers de poster leur dernier projet passé par la flamme. Cette technique a quelque chose de primitif, intemporel et puissant. Ceux qui y goutent une fois récidivent !

Malgré tout, j’ai commis une erreur… Découvrez laquelle, et ne faites plus la même !

Le Shou Sugi Ban est en réalité le Yakisugi !

Il y avait bien eu quelques alertes, mais j’étais trop aveuglé par mon enthousiasme… Je n’ai pas écouté assez attentivement les quelques voix çà et là qui allaient à l’encontre de ma croyance.

Par exemple Caroline Hans, qui a rédigé un mémoire sur le sujet (ainsi que la page Wikipedia du bois brûlé Yakisugi) lorsqu’elle était élève en école d’architecture. Ou mon client de la pointe bretonne Marc Elies (MEBB).  Ou bien un article de Nakamoto Forestry (en anglais) qui proposait une piste intéressante…

Malheureusement, je ne voyais pas la charge de cavalerie pointer au loin.

Et puis les Anglais ont tiré les premiers… Heureusement, nous n’étions pas à la bataille de Fontenoy (“Messieurs les Anglais, tirez les premiers !”). Mais la salve fut cinglante. Contrairement aux bataillons de Louis XV, je n’avais rien à gagner (pas même une noix de jambon de Bastogne ou une gaufre car Fontenoy est en Belgique mais on s’éloigne là!).

En fait, c’est arrivé sur Facebook, dans le groupe des “Fans du Shou Sugi Ban”. Un “cheval de Troie” accepté quelques jours auparavant dans le groupe me contacte en message privé. Cette dame me dit à peu près ceci :

“Guillaume, vous utilisez l’expression “Shou Sugi Ban” qui est notre marque déposée au Royaume-Uni depuis 2009 et dans toute l’Europe depuis 2018. Vous parlez de Shou Sugi Ban au lieu de Yakisugi. Nous sommes les inventeurs du terme “Shou Sugi Ban” qui est une désignation de notre marketing. Veuillez cesser immédiatement l’utilisation frauduleuse de ce terme.”

Yakisugi, mon ami !

Bon, là, je vous avoue que le sol s’est un peu dérobé sous mes pieds. D’abord, je ne suis pas en concurrence avec cette entreprise anglaise qui promeut vaguement le bois brûlé (d’ailleurs ils n’en fabriquent pas eux-même et la majeure partie de leurs projets d’architecture sentent plus le ciment que la fumée…). J’ai écrit des articles, tourné des vidéos et créé le groupe Facebook uniquement pour partager mes idées et connaissances autour du bois brûlé.

brulage de douglas pour Shou Sugi Ban YakisugiJ’ai vérifié à nouveau sur les moteurs de recherches et il existe des centaines de liens utilisant l’expression Shou Sugi Ban à travers le monde. Il faut vraiment chercher pour trouver un premier lien avec cette entreprise anglaise qui revendique légalement la propriété du terme.

En fait, les 2 expressions Yakisugi et Shou Sugi Ban semblent être utilisées à travers le monde.

J’ai immédiatement décidé 2 choses :

  • Changer le nom du groupe Facebook, désormais appelé “Fans du Yakisugi”
  • Étoffer mes connaissances par une recherche minutieuse que je vais maintenant partager avec vous.

Ce que j’ai découvert ensuite m’a vraiment soufflé !

Une enquête brûlante

Parmi les lecteurs de ce blog, il y a un détective privé qui a 25 ans de métier (et intrigué par le bois brûlé). Il doit sourire en lisant ce titre que j’écris en pensant à lui.

Pour comprendre ce qui se passait, j’ai d’abord contacté mes interlocuteurs habituels à l’INPI (Institut National de la Propriété Intellectuelle). Je leur ai demandé comment une expression qui désigne universellement une technique a pu être déposé. Car soyons clair, j’attends toujours la preuve que cette entreprise britannique a créé elle-même cette expression vers les années 2005-2006 comme elle le prétend. Comment son nom aurait-il disparu des radars alors que la marque en question se serait miraculeusement propagée autour du monde de la France au Canada et à l’Australie ou aux Philippines ? Et cela bien sûr avec le budget communication d’une petite PME ! C’est comme si Mickey était devenu célèbre dans le monde entier, sans pub et sans que personne ne connaisse Disney…

Bref, la règle actuelle en terme de propriété intellectuelle interdit le dépôt d’une technique. Donc pas de marque style “marqueterie”, béton banché” ou “pot-au-feu”.

Il est probable que cette entreprise anglaise ait argumenté sur un mot à consonance chinoise ou japonaise en disant l’avoir créé de toute pièce. L’institut Européen de la propriété intellectuelle (EUIPO ) ne diligente pas d’enquête et se limite à une recherche d’antériorité dans la base des marques. Après le délai légal d’information pendant lequel les contestations sont possibles, la marque est enregistrée. Fin du film.

Ensuite, si quelqu’un veut contester la validité d’une marque enregistrée, il doit ouvrir une procédure en contentieux. Cela coûte plusieurs milliers d’euros. Les conseillers français interrogés étaient eux-mêmes dans l’impossibilité de me renseigner plus clairement sur ce point, n’ayant jamais eu affaire à ce type de procédure. Ils m’ont simplement assuré que “cela coûte plus cher que le dépôt”… Cette procédure se joue autour de la démonstration de l’utilisation antérieure au dépôt de l’expression en question ainsi que de son caractère technique reconnu largement.

En gros, j’arrivais à la conclusion sur ce point que l’entreprise britannique avait légalement la propriété intellectuelle en Europe de cette expression mais que cela reposait sur un socle fragile.

Vous verrez à la fin de cet article que la propriété industrielle me réservait encore une autre surprise…

Désormais mes recherches s’orientaient dans 2 voies :

  • L’antériorité ou pas de l’expression avant 2009 (UK) ou 2018 (Europe)
  • L’étymologie et l’étude des caractères qui composent l’expression.

Infos sur le terme Shou Sugi Ban : Internet est une passoire mémorielle !

En remontant les origines des publications consacrées au Shou Sugi Ban, je me suis heurté à un écueil. S’il est facile de faire des recherches par date, les résultats sont très aléatoires. On peut définir dans Google que nous cherchons des publications antérieures à 2009 par exemple. Le souci c’est qu’Internet est un outil très jeune et remis à jour fréquemment. J’ai donc facilement trouvé des liens de publications datant de 2006 ou 2007. Cela tendait à prouver que mes interlocuteurs anglais avaient un peu surestimé leur créativité linguistique. Mais en cliquant sur les liens en questions, les pages proposées ne reflétaient pas le lien. En effet, elles avaient été mises à jour de nombreuses fois dans l’intervalle. Alors preuve ou pas ? Cest pas clair.

rinçage du carbone du Yakisugi

Rinçage du carbone

Si vous voulez, c’est comme un livre d’histoire auquel on aurait gardé le sommaire au fil du temps et modifié tout le contenu des chapitres.

Finalement, le sommaire garde une trace d’un contenu depuis longtemps disparu. Si nous basons toutes nos recherches historiques sur Internet, nous risquons d’être de plus en plus déçu au fil du temps.

En plus la majeure partie des contenus publiés ne sont validés par aucun tiers. C’est aussi le cas du blog que vous lisez actuellement. Je m’applique à citer mes sources et consulter des experts mais je peux me tromper de bonne foi !

Cette piste est donc un peu délicate. Je la laisse de côté pour l’instant en attendant de trouver des publications qui nous apporteraient un éclairage nouveau et fiable sur ce point précis. Voyons un peu ce que ça donne sur le plan linguistique.

Vraie appellation : Shou Sugi Ban ou Yakisugi ?

Voici un mystère, doit-on parler de Shou Sugi Ban ou de Yakisugi pour parler de cette technique japonaise de bardage brûlé ? Mettons de côté les revendications (aujourd’hui légales) de l’entreprise britannique et intéressons-nous aux termes employés.

Bien sûr les 2 expressions se basent sur la même série d’idéogrammes chinois, passés dans le japonais au Moyen-Âge. Ces idéogrammes appartiennent au Kanji, un des 3 alphabets qui cohabitent en japonais. Sur cette partie, l’article de Nakamoto Forestry (en anglais) est très clair. D’après eux, l’expression Shou Sugi Ban est une erreur de lecture des idéogrammes chinois par quelqu’un qui ne connait pas le japonais et la prononciation particulière du kanji.

petit bateau sculpté en cèdre du Japon (sugi)

Petit bateau en “Sugi” que j’ai sculpté en 1991 aux Açores.

A ce stade, j’en suis là : la véritable expression est Yakisugi-ita mal prononcée (on ne sait pas bien à partir de quand) “Shou Sugi Ban”. Ce qui signifie “planche (ita) de cèdre (Sugi) brûlée (Yaki)“. Pour le japonais, c’est ok ! Mais la partie soi-disant chinoise m’interroge encore…

Au collège, j’étais helléniste et j’ai toujours adoré l’étymologie ! La recherche des racines des mots nourrit une de mes plus grandes forces, l’#Input (ma 3ème exactement selon le test Gallup CliftonStrengths dont je parle régulièrement sur un autre blog que j’alimente : DesForcesPourLaVie. Ce test permet de découvrir ses talents naturels et de les développer en véritables forces).

#Input, c’est la capacité à collectionner les infos, les chiffres, les connaissances car, on ne sait jamais, ça peut toujours servir un jour ;).

Ici, il ne s’agit pas de mots grecs mais de caractères chinois. Je décide alors de mettre mon “Guanxi” (réseau en Chine) en alerte pour m’aider à contacter un des plus grands sinologues en France : Cyrille J.D Javary. Lui seul peut m’éclairer sur l’interprétation des idéogrammes avancée par Nakamoto Forestry…

Lost in translation : ça chauffe !

Là, on rentre dans le “dur”…

Avant de contacter Cyrille J.D Javary, j’ai feuilleté une fois de plus mon “Grand dictionnaire RICCI des plantes de Chine”. Puisque tous ces idéogrammes étaient chinois, la première chose à faire était de vérifier s’ils désignaient bien ce qu’on prétendait : du cèdre du japon (Cryptomeria japonica) brûlé.

couverture du dictionnaire Ricci des plantes de Chine

En réalité, je tombe sur un terme composé de 2 idéogrammes 柳杉 qui se prononcent “liǔ shān”. Donc pas de “Sugi” qui signifie cèdre en japonais… de plus, un seul de ces idéogrammes se retrouve dans l’expression Shou Sugi Ban/Yakisugi-ita.

Voici une traduction rapide de la partie intéressante de l’article du blog de Nakamoto Forestry :

kanji「焼」ou “yaki”, dans la prononciation indigène japonaise, se lit comme “shou” dans la prononciation japonaise de la prononciation chinoise originale, également écrite comme “xiao” dans le mandarin moderne Pinyin. Alors「板」ou “ita” dans la prononciation indigène japonaise se lit comme “ban” dans la prononciation japonaise de la prononciation chinoise originale, similaire à “ban” dans le mandarin moderne Pinyin. Il est donc fort probable qu’un universitaire (en raison du mot composé de 3 kanji moins souvent utilisé) ait lu par erreur 「焼杉 板」 comme “shousugiban” au lieu du bon “yakisugi-ita”, ou plus communément “yakisugi”. En d’autres termes, l’erreur commise par un étranger a été de lire le kanji composé avec un mélange de prononciation chinoise et japonaise, au lieu de la seule prononciation japonaise que tout Japonais connaît.

Issu du blog de Nakamoto Forestry

Vous suivez encore ?

C’est là que nous avons vraiment besoin des compétences d’un spécialiste de la trempe de Cyrille Javary… Je dois préciser que j’apprécie la rigueur, l’écriture et le partage de connaissances de ce spécialiste de la Chine qui vécut d’ailleurs à Taiwan entre 1979 et 1981. J’ai lu avec beaucoup de plaisir “Les 3 sagesses chinoises” et “La souplesse du dragon”.

Comment prononcer la technique japonaise du bois brûlé ?

Je me retrouve donc avec 5 idéogrammes dont 1 s’est perdu dans la version finale de l’expression (柳 liǔ) et un autre qui apporte une précision (ita = planche). Quel bazar !

Pour commencer, décomposons l’expression chinoise désignant ce fameux cèdre japonais employé historiquement pour le bois brûlé. 柳杉 liǔ shān. Grâce à Mr Javary, voici ce que j’ai appris :

  • 柳 liǔ est le nom commun du saule
  • shān est le nom du sapin de Chine / Cunninghamia lanceolata. Cet idéogramme est resté dans l’expression finale.
  • Les 2 ensembles désignent bien le cèdre du japon, Cryptomeria japonica. Ce “cèdre” est en fait de la famille des cyprès… Cette essence très légère et naturellement résistante a été implantée notamment aux Açores et sur l’île de la Réunion.

Maintenant revenons à l’expression complète. Si la prononciation Shou Sugi Ban vient du chinois, nous n’allons pas tarder à le savoir…

Déjà, “Sugi” n’est pas une prononciation chinoise mais Japonaise. Les chinois disent 杉 shān. Et les autres caractères, quelle est leur prononciation ?

Cyrille Javary m’éclaire ensuite sur “Shou” ou “Yaki” :

est la simplification japonaise du caractère chinois : [shāo] roast, cook, burn et dont la simplification chinoise est : .

Cyrille Javary

Avec shāo, je me retrouve dans les shou, heu, dans les choux je veux dire ! Encore une fois l’hypothèse d’une prononciation à la chinoise des idéogrammes “Yakisugi-ita” ne tient pas la route… D’ailleurs en parlant de choux, avec “Yaki” (grillé, brûlé) nous entrons en cuisine : Yakitori, Yaki udon, Yakisoba… Yakisoba, littéralement “nouilles sautées” rappellent les “chao mian” (炒 chǎo, stir-fry) de Shanghai.

Bon, rangeons les baguettes pour revenir à notre dernier terme : “Ita” ou “Ban”. Toujours selon Cyrille Javary,

“quant à 板 [bǎn] il signifie bien : board, hard”.

OUF ! Enfin un terme qui correspond !

Différentes appellations du brûlage de bois : résumons !

Grâce à l’aide de Cyrille Javary, j’ai pu comprendre quelque chose d’important : la prononciation “Shou Sugi Ban” n’existe pas. Cette expression n’est forgée sur aucune logique linguistique rigoureuse. Si nous devions utiliser une prononciation chinoise, ce serait : “烧 (shāo) 杉 (shān) 板 (bǎn)”.

En partant de cette expression, cela modifierait sensiblement le résultat car le bois serait alors du sapin de Chine (Cunninghamia lanceolata) au lieu du Cryptomeria japonica.

La prononciation Shou Sugi Ban si elle n’est pas d’origine chinoise, s’est tout de même imposée dans la majeure partie du monde occidental. La seule exception notoire (d’après mes recherches) semble être l’Allemagne qui a conservé majoritairement la prononciation japonaise courte “Yakisugi”.

Dans le fond, cette querelle est de peu d’importance ! L’essentiel étant de se comprendre ! Toutefois, pour une question de précision, je vais m’employer à utiliser désormais en premier lieu le terme Yakisugi en lieu et place de Shou Sugi Ban.

J’espère ne pas vous avoir trop fatigué les neurones avec mes histoires de prononciation… La grande leçon que j’en retire est qu’il faut toujours rester vigilant face à ce qui semble un lieu commun sur le net…

Première révélation : les enjeux d’une technique ancestrale

En début d’article, je vous annonçais une révélation. En fait, je vous en ai gardé 2 pour la fin…

Revenons un instant à l’article de blog de Nakamoto Forestry. Pour l’architecte japonais qui a popularisé en occident la méthode japonaise de préservation du bardage par le feu, Terunobu Fujimori, le nom que nous devons donner à cette technique est bien “Yakisugi”. Et là, il y a un autre problème en Europe.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5a/Coal_House.jpg/320px-Coal_House.jpg

Coal House par Terunobu Fujimori Photo sous licence CC

En effet, comme pour “Shou Sugi Ban”, une autre entreprise a trouvé le moyen de déposer “Yakisugi” en tant que marque. Cette fois, c’est une entreprise néerlandaise qui a protégé ce nom via un spécialiste espagnol de la propriété intellectuelle. Encore une faille du dispositif européen de protection intellectuelle ?

Dans ce cas-là, selon mes interlocuteurs de l’INPI en France, l’entreprise néerlandaise exploiterai probablement cette marque de manière contestable car la classe de produit pour laquelle elle est déposée ne correspond pas à l’activité réelle de cette société. Cette société financière ne semble pas en mesure de fabriquer du bois brûlé et de le vendre. Alors pourquoi un tel montage ? Mystère…

En tout état de cause, il appartient maintenant aux Japonais de protéger leur patrimoine culturel. Ils ont prouvé depuis longtemps qu’ils savent le faire avec la notion de “Patrimoine Vivant”. Un “Patrimoine Vivant”, c’est une personne qui détient un savoir rare et spécifique. Grâce à ce statut, elle peut le transmettre à un élève dans les meilleures conditions. Cette disposition légale a été transposée en France par le statut de Maitre d’Art, désigné par le Ministre de la Culture.

J’ai déjà expédié un courrier à l’ambassade japonaise en France pour les alerter. J’ai tweeté à ce sujet sans réponse. Un collègue et Fan du Yakisugi en Belgique (Bart Van Herreweghe) a lui aussi écrit à l’ambassade japonaise en Belgique. L’ambassadeur a transmis le courrier aux Pays-Bas…

Les autorités japonaises reconnaissent-elles les termes “Yakisugi” ou “Shou Sugi Ban” comme représentants une technique ancestrale inhérente à la culture japonaise ? La question est à ce jour sans réponse.

Et si oui, quelles actions éventuelles souhaitent-elles mener afin de libérer cette ou ces expressions de la privatisation dont elles font aujourd’hui l’objet en Europe ?

Si vous souhaitez soutenir cette demande, vous pouvez me contacter. Je vous enverrai le modèle de courrier que j’adresse à ces ambassades. Plus nous serons nombreux, plus cela aura de poids bien sûr !

Seconde révélation : un livre sur le Yakisugi !

Toute cette affaire m’a fait réaliser qu’il n’y avait pas de LIVRE sur le sujet du bois brûlé. J’ai cherché en français et en anglais et je n’ai rien trouvé (si je me trompe, laissez-moi un commentaire avec la référence du livre, merci !).

Alors, avec ma merveilleuse épouse, Sophie, nous avons décidé d’écrire ce premier livre sur cette technique à la fois traditionnelle et résolument moderne du Yakisugi. Sophie fera les illustrations et m’aidera à réunir et trier toute la matière. Je me charge bien sûr de l’écriture ;).

Pour ce projet passionnant, nous avons besoin de VOUS ! Vous pouvez construire ce livre avec nous. SI vous avez des images, des témoignages, des projets, des infos, partagez-les. Nous verrons ensuite comment les insérer.

  • Si vous êtes architecte et que vous utilisez cette technique pour vos bâtiments, saisissez cette occasion pour les promouvoir dans ce premier livre sur le bois brûlé !
  • Si vous représentez une entreprise qui fabrique du bardage ou de la décoration en yakisugi, nous attendons avec impatience que vous partagiez votre passion avec le plus grand nombre !

Nous voulons faire de cet ouvrage un événement dans la communauté des passionnés du bois, des architectes et plus globalement auprès de toutes les personnes qui souhaitent utiliser cette technique ancestrale et écologique pour construire leur maison.

brûlage au chalumeau d'un clin de Douglas Shou Sugi Ban

RESTEZ INFORMÉ/E

Laissez votre prénom et votre email si vous souhaitez contribuer ou être tenu/e au courant en premier de l'avancement du premier livre sur le Yakisugi !

Nous lançons donc un appel à coopération pour que ce livre soit le plus complet, le plus beau et le plus inspirant possible ! Rêvons ensemble d’une architecture plus responsable pour le futur. Quelque chose me dit que le Yakisugi coche pas mal de cases…

Alors, vous en êtes ?

Je vous dis à très bientôt pour vous donner des nouvelles de l’avancement de ce premier livre sur le bois brûlé… Une nouvelle aventure passionnante démarre ! Remplissez le formulaire dans l’article pour rejoindre la liste des personnes avisées en priorité.

Le “Shou Sugi Ban” n’existe pas mais il s’écrit pourtant de la même manière que le “Yakisugi-ita” ! CQFD.

Et maintenant, prêt à jouer avec le feu ?…

Vous avez encore des questions ? Discutons-en ensemble dans les commentaires ou par mail 😉

Guillaume Le Penher

PS : cet article contient des liens affiliés vers le site ManoMano (plateforme française de bricolage). Un lien affilié n’est pas une publicité. Je n’ai pas été payé par une marque pour faire sa promotion. Je vous indique simplement des produits que j’ai testé et que j’utilise au quotidien. Si vous achetez un produit en passant par mon lien, votre prix est identique mais je touche une petite commission. Ce petit pourcentage m’aide à continuer à rédiger des articles de qualités pour vous aider 😉

Ressources complémentaires :

4 thoughts on “Shou Sugi Ban ou Yakisugi : le bois brûlé dans tous ses états

  1. Anthony Dehez dit :

    Merci à Guillaume pour ces précieux conseils sur un projet de bardage en douglas version sugi-ban.
    Une réponse précise par mail le soir même et un excellent suivi après vente 🙂
    A recommander

    1. Guillaume Le Penher dit :

      Merci beaucoup Anthony d’avoir pris le temps de laisser un commentaire ! Surtout si élogieux 😉
      Je cherche toujours à donner le maximum d’infos pour que mes clients puissent utiliser mes produits de la meilleure manière possible. Je suis également sensible aux retours qui permettent d’améliorer mon offre pour vous apporter encore plus de satisfaction. Bon chantier en Belgique ! J’ai hâte de voir des photos !

  2. Francine Alarie dit :

    Débutante néophyte emballée et plus qu’enthousiaste suite à la lecture de cet article des plus pertinents et très informatif.
    MERCI – j’ai hâte de continuer mon apprentissage “en tous points” YAKISUGI!

    1. Guillaume Le Penher dit :

      Wouah Francine !
      Quelle énergie se dégage de votre commentaire ! Ça fait vraiment plaisir de voir autant d’enthousiasme pour cette technique japonaise séculaire. Et si vous voulez approfondir vos connaissances (en attendant la sortie de mon livre sur le sujet 😉 jetez un coup d’œil à mes formations vidéos et écrites dédiées au bardage en bois brûlé ou au Yakisugi décoratif : https://sol-eco-huile.fr/categorie-produit/se-former-debuter/
      Et si vous êtes aussi sur Facebook, rejoignez le groupe des “Fans du Yakisugi”. Il y a déjà pas mal de canadiens qui y partagent leur passion…

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