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Customiser des vieux meubles avec le Shou Sugi Ban

peti meuble d'appoint en bois brûlé Shou Sugi Ban installé dans le salon

Comment remettre au goût du jour de vieux meubles rustiques, campagnard ou Louis-Philippe qui pullulent dans nos maisons ou les vide-grenier ? C’est vrai qu’aujourd’hui on a souvent envie d’autre chose pour nos intérieurs. Fini le temps du bahut 2 portes, du confiturier et de la bonnetière… Pourtant, par rapport à tout le mobilier moderne en panneaux de particules (bourrés de colle polluante pour l’air de nos maison), ces vieux meubles en massif méritent un traitement de faveur… Et si customiser des vieux meubles avec le Shou Sugi Ban devenait tendance ?…

un petit meuble en chêne massif customisé avec la technique du Shou Sugi Ban
Un petit meuble d’appoint en chêne massif sans grande âme devient une star de salon déco grâce au Shou Sugi Ban ou Yakisugi !

Avant le Shou Sugi Ban

Les mouvements du Do It Yourself (DIY) ou de l’upcycling marquent une tendance lourde dans la déco depuis un certain nombre d’années. Ils naissent d’une triple volonté :

  • Le plaisir et la fierté de faire soi-même. Il est très facile de trouver des tutos complet pour créer tout un tas de choses aujourd’hui. Rares sont les techniques qui y échappent vraiment. De la poterie au scrapbooking, les possibilités offertes sont quasiment infinie. La fabrication et la customisation de meubles et objets n’y échappe pas.
  • L’aspect économique. En étant maline / malin, on peut réaliser des chouettes créations pour vraiment pas cher. Cela nécessite de résister aux sirènes des rayons des magasins de loisirs créatifs… Pas toujours facile !
  • L’écologie. Cet aspect est souvent lié à l’économie d’ailleurs car l’abondance est difficile à gérer pour les humains. Cela entraine beaucoup de gâchis. En rénovant, en restaurant, en customisant ces vieux meubles nous pouvons les rendre à nouveau glamour. Cette économie circulaire est primordiale pour “consommer mieux” et diminuer notre empreinte sur cette planète.

Du coup, les bricoleuses et les bricoleurs n’ont pas attendu que la technique du Shou sugi Ban (ou Yakisugi) devienne populaire pour customiser de vieux meubles. Certains ont essayé les céruses par exemple. Pas toujours avec succès car il faut pour cela un bois hétérogène c’est-à-dire une essence dont les veines (différence entre “bois de printemps” et “bois d’été”) sont très marquées. En France, beaucoup de meubles rustiques ou de style Louis-Philippe sont fabriqués en merisier. Ce bois ne convient pas pour la céruse car son grain est homogène. Il faut préférer pour cette technique le chêne, l’orme ou le pin. Et il faut poncer, brosser pour creuser le fil du bois. Tout ce que je déteste. Les vibrations des ponceuses pneumatiques m’ont valu une opération du canal carpien droit à l’âge de 20 ans et un an de rééducation… Je commençais bien dans le métier !

Si vous choisissez de peindre votre vieux meuble afin de lui donner un coup de jeune, c’est pareil : il faut décaper complétement les couches de cire ou de vernis qui protégeaient le bois. Vous pouvez y aller à la ponceuse électrique au début avec un grain de 80 mais il faudra aussi finir tous les reliefs à la main : les moulures, les sculptures ou les angles de panneaux… Quand je vois ce genre de chantier, je me dis :

“Hummm ! Y’a une bonne tendinite là…”

Je viens de vous décrire brièvement les 2 alternatives classiques pour customiser un vieux meuble. Franchement, vu l’énergie que ça demande, je comprends pourquoi les hangars des compagnons d’Emmaüs sont remplis de ces meubles dont presque plus personne ne veut. Mais ça pourrait bien changer ! Je vous explique tout de suite comment !

Fini le ponçage !

Vous l’avez compris, le ponçage est ma hantise. Ce n’est pas que je déteste poncer, c’est juste que mon exigence est toujours trop élevée. Je serai capable de poncer du bardage au grain de 240 ! Du coup, ça m’a coûté des tendons… Si vous voulez faire une belle peinture sur un vieux meuble, le ponçage est primordial. C’est la clé d’un “tendu” parfait, avec la qualité de la peinture bien sûr ! Cette quête de la surface parfaite est épuisante.

Du coup, je suis très friand des techniques qui ont un rendu très sympa sans passer des heures à poncer. lorsque j’ai découvert le bois brûlé que les Japonais appelle “Yakisugi” ou “Shou Sugi Ban” (“Sugi” étant le bois de cèdre japonais, cryptomeria, employé à l’origine), je pensais d’abord aux utilisations en extérieur. Bardage, mobilier de jardin ou palissades. Et puis un jour, ma femme a ramené à la maison ce que j’appelle “un meuble à mémé”. Pour un ébéniste contemporain, c’est un cauchemar ! Une vraie croûte. Hors de question de mettre cette “chose” en l’état dans la maison sans y voir un affront personnel (pfff ! qu’est-ce que je peux être rigide des fois…).

Bref, j’ai tourné autour, dehors, pendant plusieurs jours. Il a quand même UN avantage : il est en chêne massif. En y regardant bien, sa petite coquille sur la traverse basse est plutôt sympa. Par contre, ce qui me répugne, c’est sa finition faussement ancienne (il doit dater des années 70-80). Rien que de penser à l’enlever, je sens déjà l’odeur de vieux et de poussière de vernis mêlés. Beurk !

Et puis j’ai eu un flash. J’ai vu ce meuble complétement noir de carbone, tout brûlé, magnifique…

J’ai brûlé un meuble à mémé !

Le Shou Sugi Ban, c’est simple et efficace : tout ce que j’adore ! Faut dire, depuis que j’ai découvert la Loi de Pareto, j’essaie de trouver les 20% d’efforts qui apporteront 80% d’effet. Dans cette optique, le bois brûlé est au top. Il apporte en plus une touche d’imperfection, de passage du temps, d’impermanence que j’apprécie. Les japonais ont une expression pour cela : “Wabi-Sabi”, la beauté de l’imperfection.

Pour savoir comment customiser des vieux meubles avec le Shou Sugi Ban, le plus efficace est de regarder cette vidéo publiée sur la chaine YouTube de Sol-éco :

Comme vous pouvez le voir dans cette courte vidéo, vous pouvez faire un meuble en shou sugi ban rapidement et en économisant vos efforts. Le résultat que vous obtiendrez va en surprendre plus d’un ! Je suis persuadé que la tendance des vieux meubles customisés avec le shou sugi ban a de beaux jours devant elle. Vous pouvez aussi retrouver d’autres idées inspirantes sur mes tableaux Pinterest.

Méthode pour meuble shou sugi ban

Pour commencer, il vous faut un meuble en bois massif. Peu importe lequel tant que TOUT est en massif, y compris les panneaux arrière, latéraux ou de porte. Exit donc les meubles en placage, avec de la marqueterie ou du Formica ! Si vous avez des quincailleries en laiton ou en fer, démontez-les. Pareil pour des portes vitrées, déposez les vitres, les marbres… Ne gardez que la structure en bois massif. Démontez les portes si possible pour les brûler recto/verso.

Le shou sugi ban est une activité d’extérieur ! Pas de brûlage dans votre garage ! Avant de commencer, assurez-vous de disposer d’eau au cas où. Vérifiez les abords et enlevez tout ce qui pourrait prendre feu. Travaillez par un jour sans vent (inférieur à 30km/h) sinon votre flamme va tournoyer, être moins concentrée et plus dangereuse.

Petit meuble d'appoint en chêne massif en cours de brûlage en extérieur avec la méthode du Shou Sugi Ban ou Yakisugi

Ensuite, commencez le brûlage en faisant attention aux parties les plus fines comme les panneaux de portes. Suivant les finitions appliquées avant, l’opération sera plus ou moins longue. Les vernis ont plus tendance à cloquer et s’enflammer que les cires. Si le feu prend trop dans une partie plus fragile, éteignez-le avec de l’eau.

Une fois que vous avez brûlé l’intégralité de votre meuble, passez un coup de brosse plus ou moins prononcé suivant l’effet que vous recherchez. Dépoussiérez bien l’ensemble avant d’appliquer une couche un peu grasse d’huile de Tung pure au pinceau.

Baissez ensuite l’intensité de votre chalumeau pour chauffer l’huile sur toute la surface du meuble.

Après refroidissement complet (le jour même ou le lendemain), appliquer une nouvelle couche d’huile de Tung pure pour fixer la couche de carbone et éviter de se salir en touchant votre meuble. Laissez sécher plusieurs jours. La catalyse de l’huile dépend de la température et de l’humidité ambiante.

Une fois que l’huile de Tung a bien séché, vous pouvez installer votre meuble shou sugi ban dans votre maison et savourer les commentaires de vos visiteurs ébahis 😉

Conclusion

Selon moi, le Shou Sugi Ban ou Yakisugi est la méthode la plus efficace pour remettre facilement un vieux meuble en massif au goût du jour. Cette finition a plusieurs autres avantages :

  • Elle est économique. Même si vous devez investir dans un chalumeau à 30€ et un litre d’huile de Tung pure, ce coût sera très vite amortit par rapport à l’achat de teintes, d’abrasifs de ponçage et de céruse.
  • C’est plus écologique. Hormis la combustion, la finition bois brûlé reste simple et vous épargne l’usage de produits dérivés du pétrole.
  • La rapidité est indiscutable ! Comparée aux autres possibilités (peinture, céruse, remise à blanc+cirage…), vous épargnez un maximum d’énergie pour un maximum de résultat.
  • Votre meuble est assainit. En effet, le brûlage détruit les larves et les œufs des ravageurs du bois. Vous évitez ainsi un traitement anti-xylophages. Adieu vrillettes, lyctus ou capricornes ! Vous pouvez donc l’installer sans crainte chez vous.
peti meuble d'appoint en bois brûlé Shou Sugi Ban installé dans le salon
C’est fini !

Voilà, j’espère vous avoir convaincu de customiser des vieux meubles avec le Shou Sugi Ban ! Partagez ici vos résultats et vos questions. Je réponds personnellement à chacun d’entre vous. J’ai hâte de voir vos œuvres postées sous cet article !

A vos chalumeaux !

Guillaume de Sol-éco

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Notre maison en bois brûlé

Vous rêvez d’une maison en bois, de conception écologique et d’entretien limité ? La maison en bois brûlé est la réponse idéale à ce type de contraintes.

Maison en bois brûlé vue du sud. Bardage noir en shou sugi ban
Notre maison en bois brûlé

Nous aussi nous avions ce rêve…

Alors, nous nous sommes retroussés les manches et n’avons pas lâché notre objectif de vue. Il nous a fallu près de 2 ans entre le repérage et l’achat du terrain jusqu’à la pose de la dernière lame de bois brûlé (Shou Sugi Ban)

OUI ! Vous avez bien lu : Bois brûlé !

Vous voulez en savoir plus ? Alors, par ici la visite…

Bienvenue !

Une conception originale

Dès le début, nous avions une idée précise de l’implantation de la maison. En fait, tout part d’une de nos sculptures, le Square Garden #1.

Sculpture en bois d'if et pâte de verre polie par Sophie et Guillaume Le Penher, Titre : Square Garden #1
Square Garden #1 par Sophie et Guillaume Le Penher. If et pâte de verre polie.

Nous cherchions des volumes en équilibre, une harmonie entre les matières.

Après quelques semaines de recherches, nous avons trouvé le terrain idéal pour notre projet : 4000m2, 450 arbres (douglas, pins pectinés, châtaigniers, bouleaux, hêtres, houx, aubépines, chênes, alisiers… Je les ai tous compté !). Le terrain est situé dans un domaine boisé le long du canal de Nantes à Brest.

Feng Shui pour maison bois brûlé

Nous sommes passionnés par la Chine depuis notre premier voyage en 2009 à la rencontre des producteurs d’huile de Tung et d’orange. La culture traditionnelle nous marque un peu plus à chaque séjour. C’est donc tout naturellement que nous nous sommes tournés vers une architecte nantaise formée au Feng Shui : Maria Tavares.

Raie de lumière sur ce lion en bronze fixé sur le bardage shou sugi ban à l'entrée de notre maison en bois brûlé
Bardage Douglas bois brûlé Shou Sugi Ban

Elle a donc réalisée une étude complète puis nous a dessiné notre projet de maison en bois brûlé. Ce travail préalable nous a permis de valider l’hypothèse d’implantation Sud-Ouest. Nous nous sommes ensuite chargés de la maitrise d’ouvrage.

Une belle cathédrale de bois !

Volumes et espaces dédiés

Comme dans notre sculpture Square Garden #1, nous voulions 2 ailes séparées : une partie habitation et une partie studio créatif. Ces 2 parties sont reliées par 2 serres potagères afin d’abriter notre collection d’agrumes, de plantes rares et quelques légumes.

L’ensemble renferme en son centre un patio ouvert d’une soixantaine de m2. Ce jardin fermé est un écrin pour nos rêveries…

Sol Eco Ossature Bois
Maison ossature bois vue de dessus

Une maison en bois brûlé

Dès le début du projet, notre volonté était claire : tout le bardage serait en douglas brûlé selon la technique japonaise du Shou Sugi Ban (ou Yakisugi). Brûlage au chalumeau alimenté avec du gaz propane, huilage à l’huile de Tung pure et re-brûlage léger pour aider à la pénétration et au séchage de l’huile de Tung.

Façade sud-ouest de notre maison en bois brûlé avec la douce lumière du soleil d'automne sur le bardage shou sugi ban (yakisugi)
Façade Sud-Ouest en bois brûlé

La technique est certes un peu fastidieuse mais elle vaut vraiment l’investissement ! L’aspect esthétique a surpris un peu le voisinage et la technique du Shou Sugi Ban a suscité beaucoup de curiosité. Certains voisins et amis sont même venus nous donner un coup de main (qu’ils en soient mille fois remerciés !) et sont repartis avec de nouvelles idées !

Au départ, on aurait pu croire qu’une maison en bois brûlé soit austère et décalée par rapport à l’environnement. En fait, la maison se marie très bien dans son espace naturel. Comme elle est de plain pied, elle laisse la verticalité des arbres (30-35 mètres de haut quand même pour les douglas !) et se fond dans le sous-bois.

Façade ouest de la maison en bois brûlé. Bardage douglas Shou Sugi Ban.
Façade ouest

Le toit en tuiles plates rapporte de la stabilité à l’ensemble et assoie la structure. Pour nous, son motif ressemble à des écailles de poissons ! Cette matière est également en accord avec l’étude Feng Shui qui préconisait de la terre…

Comme un mantra

Brûler, huiler, re-brûler… Puis recommencer !

vue du patio de notre maison en bois brûlé depuis le toit en tuiles plates
Le patio qui sera bientôt fermé par la seconde serre

Nous avions près de 350m2 de bardage en douglas à brûler. J’utilise la technique du Shou Sugi Ban depuis plusieurs années cependant, je souhaitais améliorer mon procéder afin de gagner du temps. J’ai donc effectué beaucoup de tests : matériel, organisation du chantier, température extérieure, hygrométrie, humidité du bois…

Notre fille avec un chalumeau à la main brûle du bois sur le chantier de construction.
Le Shou Sugi Ban ? Un jeu d’enfant !

La seule constante a été l’huile de Tung. Je ne connais aucune autre huile qui catalyse naturellement et d’une telle durabilité dans le temps. Comme je souhaitais que la couche carbonisée ne soit pas salissante, j’ai repassé une seconde couche d’huile sur le bardage posé. Elle a séché rapidement et a fixé le noir comme je l’attendais.

En moyenne, bien concentrés et organisés, nous brûlions 6 à 7m2 par heure. Il nous a donc fallu près de 60 heures pour préparer l’ensemble du bardage de notre maison en bois brûlé.

A votre tour !

Nous sommes vraiment satisfaits du caractère particulier que le Shou Sugi Ban donne à notre maison en bois brûlé. Nous savons également que, dans le temps, nous avons fait le bon investissement : le bois brûlé dure très longtemps (plusieurs décennies) avec très peu d’entretien.

gros plan sur le bardage shou sugi ban de notre maison en bois brûlé
Bienvenue !

Nous ne pouvons que vous encourager à choisir, vous aussi, le bois brûlé Shou Sugi Ban pour vos projets de construction, d’extension ou de décoration intérieure.

Alors, à vos chalumeaux !

Angle Nord est de notre maison en bois brûlé shou sugi ban (yakisugi)
Angle nord-est

Bon chantier à tous,

Guillaume de Sol-éco