Yakisugi (ShouSugi Ban)

Le Shou Sugi Ban n’existe pas ! (Shou Sugi Ban ou Yakisugi ?)…

brulage de douglas pour Shou Sugi Ban Yakisugi

1/ Le Shou Sugi Ban n’existe pas !

Je croyais que le Shou Sugi Ban existait depuis des siĂšcles ! Qu’il Ă©tait apparu du cĂŽtĂ© de Seto et Hiroshima, au Japon pour protĂ©ger le bois du climat local chaud et humide. Je m’Ă©tais trompĂ©… Enfin pas complĂ©tement non plus !

Cette technique ancestrale japonaise protĂšge durablement le bois par le feu. Elle prĂ©sente de nombreux avantages techniques, Ă©cologiques et esthĂ©tiques. Je l’emploie moi-mĂȘme depuis plusieurs annĂ©es avec bonheur tant Ă  l’extĂ©rieur qu’en intĂ©rieur. On dit qu’un bois traitĂ© par le feu dure plus de 80 ans…

façade de maison en bardage bois brûlé yakisugi Shou Sugi Ban

J’ai mĂȘme Ă©crit plusieurs articles sur le Shou Sugi Ban dont “Ma maison en bois brĂ»lĂ©”. Je le sais maintenant, je faisais une erreur monumentale. Moi qui aime la prĂ©cision, je suis restĂ© plus de 6 ans dans le faux. Fin 2019, j’ai persĂ©vĂ©rĂ© dans l’erreur en crĂ©ant un groupe Facebook : “Fans du Shou Sugi Ban” (que vous ĂȘtes invitĂ© Ă  rejoindre si le thĂšme vous intĂ©resse et que vous n’y ĂȘtes pas encore). Ce groupe francophone Ă  l’origine est vite devenu international. Il regroupe aujourd’hui plus d’une vingtaine de nationalitĂ©s issues de 5 continents ! Que des joyeux fans du Shou Sugi Ban ! D’ailleurs j’adore l’enthousiasme qui se dĂ©gage du groupe. Tous ces gens du monde entier, fiers de poster leur dernier projet passĂ© par la flamme. Cette technique a quelque chose de primitif, intemporel et puissant. Ceux qui y goutent une fois rĂ©cidivent !

MalgrĂ© tout, j’ai commis une erreur… DĂ©couvrez laquelle en lisant la suite de cet article…

2/ La claque !

Il y avait bien eu quelques alertes, mais j’Ă©tais trop aveuglĂ© par mon enthousiasme… Je n’ai pas Ă©coutĂ© assez attentivement les quelques voix çà et lĂ  qui allaient Ă  l’encontre de ma croyance. Caroline Hans, qui a rĂ©digĂ© un mĂ©moire sur le sujet (ainsi que la page Wikipedia) lorsqu’elle Ă©tait Ă©lĂšve en Ă©cole d’archi, mon client de la pointe bretonne Marc Elies (MEBB) ou cet article de Nakamoto Forestry (en anglais) qui proposait une piste intĂ©ressante… Malheureusement, je ne voyais pas la charge de cavalerie pointer au loin.

Et puis les Anglais ont tirĂ© les premiers… Heureusement, nous n’Ă©tions pas Ă  la bataille de Fontenoy (“Messieurs les Anglais, tirez les premiers !”). Mais la salve fut cinglante. Contrairement aux bataillons de Louis XV, je n’avais rien Ă  gagner (pas mĂȘme une noix de jambon de Bastogne ou une gaufre car Fontenoy est en Belgique mais on s’Ă©loigne lĂ !).

C’est arrivĂ© sur Facebook, dans le groupe des “Fans du Shou Sugi Ban”. Un “cheval de Troie” acceptĂ© quelques jours auparavant dans le groupe me contacte en message privĂ©. Cette dame me dit Ă  peu prĂšs ceci : “Guillaume, vous utilisez l’expression Shou Sugi Ban qui est notre marque dĂ©posĂ©e au Royaume-Uni depuis 2009 et dans toute l’Europe depuis 2018. Vous parlez de Shou Sugi Ban au lieu de Yakisugi. Nous sommes les inventeurs du terme “Shou Sugi Ban” qui est une dĂ©signation de notre marketing. Veuillez cesser immĂ©diatement l’utilisation frauduleuse de ce terme.”

3/ Contrefacteur sans le savoir !

brulage de douglas pour Shou Sugi Ban Yakisugi

Bon, lĂ , je vous avoue que le sol s’est un peu dĂ©robĂ© sous mes pieds. D’abord, je ne suis pas en concurrence avec cette entreprise anglaise qui promeut vaguement le bois brĂ»lĂ© (d’ailleurs ils n’en fabriquent pas eux-mĂȘme et la majeure partie de leurs projets d’architecture sentent plus le ciment que la fumĂ©e…). J’ai Ă©crit des articles, tournĂ© des vidĂ©os et crĂ©Ă© le groupe Facebook uniquement pour partager mes idĂ©es et connaissances autour du bois brĂ»lĂ©. J’ai vĂ©rifiĂ© Ă  nouveau sur les moteurs de recherches et il existe des centaines de liens utilisant l’expression Shou Sugi Ban Ă  travers le monde. Il faut vraiment chercher pour trouver un premier lien avec l’entreprise anglaise qui revendique lĂ©galement la propriĂ©tĂ© du terme. En fait, les 2 expressions semblent ĂȘtre utilisĂ©es Ă  travers le monde.

J’ai immĂ©diatement dĂ©cidĂ© 2 choses :

  • changer le nom du groupe Facebook, dĂ©sormais appelĂ© “Fans du Yakisugi”
  • Ă©toffer mes connaissances par une recherche minutieuse que je partage avec vous

Ce que j’ai dĂ©couvert ensuite m’a vraiment soufflĂ© !

4/ Une bonne enquĂȘte…

Parmi les lecteurs de ce blog, il y a un dĂ©tective privĂ© qui a 25 ans de mĂ©tier. Il doit sourire en lisant ce titre que j’Ă©cris en pensant Ă  lui.

Pour comprendre ce qui se passait, j’ai d’abord contactĂ© mes interlocuteurs privilĂ©giĂ©s au sein de l’INPI (Institut National de la PropriĂ©tĂ© Intellectuelle). Je leur ai demandĂ© comment une expression qui dĂ©signe universellement une technique a pu ĂȘtre dĂ©posĂ©. Car soyons clair, j’attends toujours la preuve que cette entreprise britannique a crĂ©Ă© elle-mĂȘme cette expression vers les annĂ©es 2005-2006 comme elle le prĂ©tend. Comment son nom aurait-il disparu des radars alors que la marque en question se serait miraculeusement propagĂ©e autour du monde de la France au Canada et Ă  l’Australie ou aux Philippines ? Et cela bien sĂ»r avec un budget communication qui semble quasi-inexistant ! C’est comme si Mickey Ă©tait devenu cĂ©lĂšbre dans le monde entier, sans pub et sans que personne ne connaisse Disney…

Bref, la rĂšgle actuelle en terme de propriĂ©tĂ© intellectuelle interdit le dĂ©pĂŽt d’une technique. Donc pas de marque style “marqueterie”, bĂ©ton banchĂ©” ou “pot-au-feu”. Il est probable que cette entreprise anglaise a argumentĂ© sur un mot Ă  consonance chinoise ou japonaise en disant l’avoir crĂ©Ă© de toute piĂšce. L’institut EuropĂ©en de la propriĂ©tĂ© intellectuelle (EUIPO )ne diligente pas d’enquĂȘte en ce sens et se limite Ă  une recherche d’antĂ©rioritĂ© dans la base des marques. AprĂšs le dĂ©lai lĂ©gal d’information pendant lequel les contestations sont possibles, la marque est enregistrĂ©e. Fin du film.

Ensuite, si quelqu’un veut contester la validitĂ© d’une marque enregistrĂ©e, il doit ouvrir une procĂ©dure en contentieux. Cela coĂ»te plusieurs milliers d’euros. Les conseillers français interrogĂ©s Ă©taient eux-mĂȘmes dans l’impossibilitĂ© de me renseigner plus clairement sur ce point, n’ayant jamais eu affaire Ă  ce type de procĂ©dure. Ils m’ont simplement assurĂ© que “cela coĂ»te plus cher que le dĂ©pĂŽt”… Dans cette procĂ©dure de contentieux, tout se joue autour de la dĂ©monstration de l’utilisation antĂ©rieure au dĂ©pĂŽt de l’expression en question ainsi que de son caractĂšre technique reconnu largement. En gros, j’arrivais Ă  la conclusion sur ce point que l’entreprise britannique avait lĂ©galement la propriĂ©tĂ© intellectuelle en Europe de cette expression mais que cela reposait sur un socle fragile. Vous verrez Ă  la fin de cette enquĂȘte que la propriĂ©tĂ© intellectuelle me rĂ©servait encore une autre surprise…

DĂ©sormais, mes recherches s’orientaient dans 2 voies :

  • L’antĂ©rioritĂ© ou pas de l’expression avant 2009 (UK) ou 2018 (Europe)
  • L’Ă©tymologie et l’Ă©tude des caractĂšres qui composent l’expression

5/ Internet est une passoire mémorielle !

rinçage du carbone du Yakisugi
rinçage du carbone

En remontant les origines des publications consacrĂ©es au Shou Sugi Ban, je me suis heurtĂ© Ă  un Ă©cueil. S’il est trĂšs facile de faire des recherches par date, les rĂ©sultats sont trĂšs alĂ©atoires. On peut dĂ©finir dans Google que nous cherchons des publications antĂ©rieures Ă  2009 par exemple. Le souci c’est qu’Internet est un outil trĂšs jeune et remis Ă  jour frĂ©quemment. J’ai donc facilement trouvĂ© des liens de publications datant de 2006 ou 2007. Cela tendait Ă  prouver que mes interlocuteurs anglais avaient un peu surestimĂ© leur crĂ©ativitĂ© linguistique. Mais en cliquant sur les liens en questions, les pages proposĂ©es ne reflĂ©taient pas le lien. En effet, elles avaient Ă©tĂ© mises Ă  jour de nombreuses fois dans l’intervalle. Alors preuve ou pas ? C’est pas clair.

Si vous voulez, c’est comme un livre d’histoire auquel on aurait gardĂ© le sommaire au fil du temps et modifiĂ© tout le contenu des chapitres. Finalement, le sommaire garde une trace d’un contenu depuis longtemps disparu. Si nous basons toutes nos recherches historiques sur Internet, nous risquons d’ĂȘtre de plus en plus déçu au fil du temps. En plus la majeure partie des contenus publiĂ©s ne sont validĂ©s par aucun tiers. C’est aussi le cas du blog que vous lisez actuellement. Je m’applique Ă  citer mes sources et consulter des experts mais je peux me tromper de bonne foi !

Cette piste est donc un peu dĂ©licate. Je la laisse de cĂŽtĂ© pour l’instant en attendant de trouver des publications qui nous apporteraient un Ă©clairage nouveau et fiable sur ce point prĂ©cis. Voyons un peu ce que ça donne sur le plan linguistique.

6/ Alors, Shou Sugi Ban ou Yakisugi ?

Voici un mystĂšre, doit-on parler de Shou Sugi Ban ou de Yakisugi pour parler de cette technique japonaise de bardage brĂ»lĂ© ? Mettons de cĂŽtĂ© les revendications (aujourd’hui lĂ©gales) de l’entreprise britannique et intĂ©ressons-nous aux termes employĂ©s.

Bien sĂ»r les 2 expressions se basent sur la mĂȘme sĂ©rie d’idĂ©ogrammes chinois, passĂ©s dans le japonais au Moyen-Âge. Ces idĂ©ogrammes apprtiennent au Kanji, un des 3 alphabets qui cohabitent en japonais. Sur cette partie, l’article de Nakamoto Forestry (en anglais) est trĂšs clair. D’aprĂšs eux, l’expression Shou Sugi Ban est une erreur de lecture des idĂ©ogrammes chinois par quelqu’un qui ne connait pas le japonais et la prononciation particuliĂšre du kanji.

A ce stade, j’en suis lĂ  : la vĂ©ritable expression est Yakisugi-ita mal prononcĂ©e (on ne sait pas bien Ă  partir de quand) “Shou Sugi Ban”. Ce qui signifie “planche (ita) de cĂšdre (Sugi) brĂ»lĂ©e (Yaki)“. Pour le japonais, c’est ok ! Mais la partie soi-disant chinoise m’interroge encore…

petit bateau sculpté en cÚdre du Japon (sugi)
Un petit bateau que j’ai sculptĂ© dans du cĂšdre du Japon
(Sugi) ramassĂ© sur la cale d’Ă©chouage de Horta
sur l’Ăźle de Faial aux Açores en 1991

Au collĂšge, j’Ă©tais hellĂ©niste et j’ai toujours adorĂ© l’Ă©tymologie ! La recherche des racines des mots nourrit une de mes plus grandes forces, l’#Input (ma 3Ăšme exactement selon le test Gallup CliftonStrengths dont je parle rĂ©guliĂšrement sur un autre blog que j’alimente : DesForcesPourLaVie. Ce test permet de dĂ©couvrir ses talents naturels et de les dĂ©velopper en vĂ©ritables forces). #Input, c’est la capacitĂ© Ă  collectionner les infos, les chiffres, les connaissances car, on ne sait jamais, ça peut toujours servir un jour ;).

Ici, il ne s’agit pas de mots grecs mais de caractĂšres chinois. Je dĂ©cide alors de mettre mon “Guanxi” (rĂ©seau en Chine) en alerte pour m’aider Ă  contacter un des plus grands sinologues en France : Cyrille J.D Javary. Lui seul peut m’Ă©clairer sur l’interprĂ©tation des idĂ©ogrammes avancĂ©e par Nakamoto Forestry…

7/ Lost in Translation

LĂ , on rentre dans le “dur”…

Avant de contacter Cyrille Javary, j’ai feuilletĂ© une fois de plus mon “Grand dictionnaire RICCI des plantes de Chine”. Puisque tous ces idĂ©ogrammes Ă©taient chinois, la premiĂšre chose Ă  faire Ă©tait de vĂ©rifier s’ils dĂ©signaient bien ce qu’on prĂ©tendait : du cĂšdre du japon (Cryptomeria japonica) brĂ»lĂ©. En rĂ©alitĂ©, je tombe sur un terme composĂ© de 2 idĂ©ogrammes æŸłæ‰ qui se prononcent “liǔ shān”. Donc pas de “Sugi” qui signifie cĂšdre en japonais… de plus, un seul de ces idĂ©ogrammes se retrouve dans l’expression Shou Sugi Ban/Yakisugi-ita.

Voici une traduction rapide de la partie intĂ©ressante de l’article du blog de Nakamoto Forestry :

kanjiă€Œç„Œă€ou “yaki”, dans la prononciation indigĂšne japonaise, se lit comme “shou” dans la prononciation japonaise de la prononciation chinoise originale, Ă©galement Ă©crite comme “xiao” dans le mandarin moderne Pinyin. Alorsă€Œæżă€ou “ita” dans la prononciation indigĂšne japonaise se lit comme “ban” dans la prononciation japonaise de la prononciation chinoise originale, similaire Ă  “ban” dans le mandarin moderne Pinyin. Il est donc fort probable qu’un universitaire (en raison du mot composĂ© de 3 kanji moins souvent utilisĂ©) ait lu par erreur ă€Œç„Œæ‰ æżă€ comme “shousugiban” au lieu du bon “yakisugi-ita”, ou plus communĂ©ment “yakisugi”. En d’autres termes, l’erreur commise par un Ă©tranger a Ă©tĂ© de lire le kanji composĂ© avec un mĂ©lange de prononciation chinoise et japonaise, au lieu de la seule prononciation japonaise que tout Japonais connaĂźt.

Nakamoto Forestry

Vous suivez encore ? C’est lĂ  que nous avons vraiment besoin des compĂ©tences d’un spĂ©cialiste de la trempe de Cyrille Javary… Je dois prĂ©ciser que j’appĂ©cie la rigueur, l’Ă©criture et le partage de connaissances de ce spĂ©cialiste de la Chine qui vĂ©cut d’ailleurs Ă  Taiwan entre 1979 et 1981. J’ai lu avec beaucoup de plaisir “Les 3 sagesses chinoises” et “La souplesse du dragon”.

8/ Comment prononcer ?

Je me retrouve donc avec 5 idĂ©ogrammes dont 1 s’est perdu dans la version finale de l’expression (æŸł liǔ) et un autre qui apporte une prĂ©cision (ita = planche). Quel bazar !

Pour commencer, dĂ©composons l’expression chinoise dĂ©signant ce fameux cĂšdre japonais employĂ© historiquement pour le bois brĂ»lĂ©. æŸłæ‰ liǔ shān. GrĂące Ă  Mr Javary, voici ce que j’ai appris :

  • æŸł liǔ est le nom commun du saule
  • 杉 shān est le nom du sapin de Chine / Cunninghamia lanceolata. Cet idĂ©ogramme est restĂ© dans l’expression finale.
  • Les 2 ensembles dĂ©signent bien le cĂšdre du japon, Cryptomeria japonica. Ce “cĂšdre” est en fait de la famille des cyprĂšs… Cette essence trĂšs lĂ©gĂšre et naturellement rĂ©sistante a Ă©tĂ© implantĂ©e notament aux Açores et sur l’Ăźle de la RĂ©union.

Maintenant revenons Ă  l’expression complĂšte. Si la prononciation Shou Sugi Ban vient du chinois, nous n’allons pas tarder Ă  le savoir. DĂ©jĂ , “Sugi” n’est pas une prononciation chinoise mais Japonaise. Les chinois disent 杉 shān. Et les autres caractĂšres, quelle est leur prononciation ?

Cyrille Javary m’Ă©claire ensuite sur “Shou” ou “Yaki” :

ç„Œ est la simplification japonaise du caractĂšre chinois : 燒 [shāo] roast, cook, burn et dont la simplification chinoise est : 烧.

Cyrille Javary

Avec shāo, je me retrouve dans les shou, heu, dans les choux je veux dire. Encore une fois l’hypothĂšse d’une prononciation Ă  la chinoise des idĂ©ogrammes “Yakisugi-ita” ne tient pas la route… D’ailleurs en parlant de choux, avec “Yaki” (grillĂ©, brĂ»lĂ©) nous entrons en cuisine : Yakitori, Yaki udon, Yakisoba… Yakisoba, littĂ©ralement “nouilles sautĂ©es” rappellent les “chao mian” (炒 chǎo, stir-fry) de Shanghai.

Bon, plions les serviettes pour revenir Ă  notre dernier terme : “Ita” ou “Ban”. Toujours selon Cyrille Javary, “quant Ă  æż [bǎn] il signifie bien : board, hard”. OUF ! Enfin un terme qui correspond !

9/ Pour résumer

GrĂące Ă  l’aide de Cyrille Javary, j’ai pu comprendre quelque chose d’important : la prononciation “Shou Sugi Ban” n’existe pas. Cette expression n’est forgĂ©e sur aucune logique linguistique rigoureuse. Si nous devions utiliser une prononciation chinoise, ce serait : “烧 (shāo) 杉 (shān) æż (bǎn)”. En partant de cette expression, cela modifierait sensiblement le rĂ©sultat car le bois serait alors du sapin de Chine (Cunninghamia lanceolata) au lieu du Cryptomeria japonica.

La prononciation Shou Sugi Ban si elle n’est pas d’origine chinoise, s’est tout de mĂȘme imposĂ©e dans la majeure partie du monde occidental. La seule exception notoire (d’aprĂšs mes recherches) semble ĂȘtre l’Allemagne qui a conservĂ© majoritairement la prononciation japonaise courte “Yakisugi”. Dans le fond, cette querelle est de peu d’importance ! L’essentiel Ă©tant de se comprendre ! Toutefois, pour une question de prĂ©cision, je vais m’employer Ă  utiliser dĂ©sormais en premier lieu le terme Yakisugi en lieu et place de Shou Sugi Ban.

J’espĂšre ne pas vous avoir trop fatiguĂ© les neurones avec mes histoires de prononciation… La grande leçon que j’en retire est qu’il faut toujours rester vigilant surtout face Ă  ce qui semble un lieu commun sur le net…

10/ PremiÚre révélation

En dĂ©but d’article je vous annonçais une rĂ©vĂ©lation. En fait, je vous en ai gardĂ© 2 pour la fin. La premiĂšre, c’est que toute cette affaire m’a fait rĂ©aliser qu’il n’y avait pas de LIVRE sur le sujet du bois brĂ»lĂ©. J’ai cherchĂ© en français et en anglais et je n’ai rien trouvĂ© (si je me trompe, n’hĂ©sitez pas Ă  me laisser un commentaire avec la rĂ©fĂ©rence du livre, merci !). Alors, avec ma merveilleuse Ă©pouse, Sophie, nous avons dĂ©cidĂ© d’Ă©crire ce premier livre sur cette technique Ă  la fois traditionnelle et rĂ©solument moderne du Yakisugi. Sophie fera les illustrations et m’aidera Ă  rĂ©unir et trier toute la matiĂšre. Je me charge bien sĂ»r de l’Ă©criture ;).

brûlage au chalumeau d'un clin de Douglas Shou Sugi Ban

RESTEZ INFORMÉ/E

Laissez votre prĂ©nom et votre email si vous souhaitez contribuer ou ĂȘtre tenu/e au courant en premier de l'avancement du premier livre sur le Yakisugi !

Pour ce projet passionnant, nous avons besoin de VOUS ! Vous pouvez construire ce livre avec nous. SI vous avez des images, des tĂ©moignages, des projets, des infos, partagez-les avec nous. Nous verrons ensuite comment les insĂ©rer. Si vous ĂȘtes architecte et que vous utilisez cette technique pour vos bĂątiments, saisissez cette occasion pour les promouvoir dans ce premier livre sur le bois brĂ»lĂ© ! Si vous reprĂ©sentez une entreprise qui fabrique du bardage ou de la dĂ©coration en yakisugi, nous attendons avec impatience que vous partagiez votre passion avec le plus grand nombre !

Nous voulons faire de cet ouvrage un Ă©vĂ©nement dans la communautĂ© des passionnĂ©s du bois, des architectes et plus globalement auprĂšs de toutes les personnes qui souhaitent utiliser une technique ancestrale et Ă©cologique pour construire leur maison. Nous lançons donc un appel Ă  coopĂ©ration pour que ce livre soit le plus complet, le plus beau et le plus inspirant possible ! RĂȘvons ensemble d’une architecture plus responsable pour le futur. Quelque chose me dit que le Yakisugi coche pas mal de cases…

Alors, vous en ĂȘtes ?

11/ Seconde révélation

Revenons un instant Ă  l’article de blog de Nakamoto Forestry. Pour l’architecte japonais qui a popularisĂ© en occident la mĂ©thode japonaise de prĂ©servation du bardage par le feu, Terunobu Fujimori, le nom que nous devons donner Ă  cette technique est bien “Yakisugi”. Et lĂ , il y a un autre problĂšme en Europe.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5a/Coal_House.jpg/320px-Coal_House.jpg
Coal House par Terunobu Fujimori
Photo sous licence CC

En effet, comme pour “Shou Sugi Ban”, une autre entreprise a trouvĂ© le moyen de dĂ©poser “Yakisugi” en tant que marque. Cette fois, c’est une entreprise nĂ©erlandaise qui a protĂ©gĂ© ce nom via un spĂ©cialiste espagnol de la propriĂ©tĂ© intellectuelle. Encore une faille du dispositif europĂ©en de protection intellectuelle ? Dans ce cas-lĂ , selon mes interlocuteurs de l’INPI en France, l’entreprise nĂ©erlandaise exploiterai probablement cette marque de maniĂšre contestable car la classe de produit pour laquelle elle est dĂ©posĂ©e ne correspond pas Ă  l’activitĂ© rĂ©elle de cette sociĂ©tĂ©. Cette sociĂ©tĂ© financiĂšre ne semble pas en mesure de fabriquer du bois brĂ»lĂ© et de le vendre. Alors pourquoi un tel montage ? MystĂšre…

En tout Ă©tat de cause, il appartient maintenant aux Japonais de protĂ©ger leur patrimoine culturel. Ils ont prouvĂ© depuis longtemps qu’ils savent le faire avec la notion de “Patrimoine Vivant”. Un “Patrimoine Vivant”, c’est une personne qui dĂ©tient un savoir rare et spĂ©cifique. GrĂące Ă  ce statut, elle peut le transmettre Ă  un Ă©lĂšve dans les meilleures conditions. Cette disposition lĂ©gale a Ă©tĂ© transposĂ©e en France par le statut de Maitre d’Art, dĂ©signĂ© par le Ministre de la Culture.

Je prĂ©pare un courrier pour les ambassades japonaises françaises, belges, nĂ©erlandaises et espagnoles afin de les questionner sur leur position Ă  ce sujet. Reconnaissent-elles les termes “Yakisugi” ou “Shou Sugi Ban” comme reprĂ©sentants une technique ancestrale inhĂ©rente Ă  la culture japonaise. Et si oui, quelles actions Ă©ventuelles souhaitent-elles mener afin de libĂ©rer cette ou ces expressions de la privatisation dont elles font aujourd’hui l’objet en Europe.

Si vous souhaitez soutenir cette demande, vous pouvez me contacter. Je vous enverrai le modĂšle de courrier que j’adresse Ă  ces ambassades. Plus nous serons nombreux, plus cela aura de poids bien sĂ»r !

Je vous dit Ă  trĂšs bientĂŽt pour vous donner des nouvelles de l’avancement de ce premier livre sur le bois brĂ»lĂ©… Une nouvelle aventure passionnante dĂ©marre ! Remplissez le formulaire dans l’article pour rejoindre la liste des personnes avisĂ©es en prioritĂ©. Le Shou Sugi Ban n’existe pas mais il s’Ă©crit pourtant de la mĂȘme maniĂšre que le Yakisugi-ita ! CQFD.

Guillaume de Sol-Ă©co

brûlage au chalumeau d'un clin de Douglas Shou Sugi Ban

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About Guillaume Le Penher

ÉbĂ©niste, verrier, designer et entrepreneur. Depuis ma formation initiale chez les Compagnons du Devoir, le virus du voyage ne m'a jamais quittĂ© !

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2 thoughts on “Le Shou Sugi Ban n’existe pas ! (Shou Sugi Ban ou Yakisugi ?)…

  1. Very Very nice article! Keep up the good work!

    1. Guillaume Le Penher dit :

      hartelijk bedankt Bart !

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