Yakisugi (ShouSugi Ban)

Mon potager en carré en bois brûlé

rinçage du carbone du Yakisugi

Vous connaissez certainement les potagers en carré ? Cette méthode a d’abord été développée par l’américain Mel Bartholomew puis remodelée “à la française”…

Les avantages des planches de culture surélevées sont multiples :

  • Ergonomie (la terre est moins basse)
  • Organisation facile des cultures
  • Circulation autour des carrés
  • Rendements améliorés par la facilité d’entretien
  • Besoin en eau réduit
  • Plantes plus productives grâce à une hauteur de sol augmentée (si le sol est bien préparé en amont)
  • Microclimat : la surélévation peut faire gagner un ou deux précieux degrés l’hiver
  • Esthétique

Comme dans toute bonne technique, il existe aussi quelques contraintes ou inconvénients. J’en ai listé quelques-uns :

  • Le coût. Les kits vendus en jardineries ou grandes surfaces sont très variables (de 20 à 350€ !)
  • La durée de vie. En la matière, plus cher ne veut pas forcément dire plus durable…
  • Le plastique. Je ne parle pas des carrés de potager en plastique, ceux-là ne sont même pas dans mon radar. Je parle du plastique mis entre le bois et la terre dans le carré. Il ne vieillit généralement pas bien et on peut le percer en cultivant.

J’avais fait déjà une première expérience il y a quelques années et je me suis donc inspiré du bilan pour préparer ce nouveau potager en carré en bois brûlé. Pour ce nouveau chantier, j’avais un souci majeur : pas de terre correcte à y mettre. J’ai donc en plus appelé Charles Hervé-Gruyer de la Ferme du Bec-Hellouin pour me conseiller.

Regardez cette vidéo pour savoir comment faire un potager en carré durable et bien préparer votre sol :

2 astuces principales pour mon potager en carré en bois brûlé.

Pour mon premier carré de potager dans ce nouveau jardin, j’ai conçu un modèle sans vis et surtout protégé par la méthode du bois brûlé japonais “Yakisugi” ou appelé abusivement Shou Sugi Ban en Europe et en Amérique du Nord.

Pas de vis :

A moins d’utiliser des vis inox couteuses et fragiles (elles cassent net contrairement aux vis bichromatées ou équivalentes), les vis rouillent dans le bois. En moins de 2 ans, les assemblages sont fragilisés. Le moindre choc sur la structure suffit ensuite à casser le cadre du potager. Donc, pas de vis !

Du coup, je suis parti sur un assemblage à mi-bois. C’est plus propre et le design est sympa. Il faut juste s’éloigner de 10cm du bout de la planche pour que l’assemblage soit assez solide.

Pas de bois traité :

Comme le bois est en contact durable avec la terre, tous les produits chimiques contenus dans le bois se libèrent dans le sol. Certains soutiennent qu’un sol bien vivant dégrade facilement les résidus de produits chimiques, de médicaments et de pesticides. Par précaution, je ne recommande pas d’utiliser des bois traités ou récupérés comme les palettes, vieux bois de charpentes et SURTOUT PAS de traverses de chemins de fer (traitées avec un bain de chrome-cadmium-arsenic ou de la “créosote” produit extrêmement dangereux, polluant et persistant).

Je vais donc utiliser mes premières planches de douglas débitées avec ma gruminette :

Vous pouvez également utiliser des planches de coffrage non traitées que vous trouverez en grande surface de bricolage.

Pas de plastique :

Pour éviter le film plastique intérieur et avoir un potager en carré durable et esthétique, j’ai chois de le brûler au chalumeau puis de le huiler avec de l’huile de Tung pure Sol-éco. Je procède ainsi : une première couche d’huile après le brûlage puis un réchauffage au chalumeau. Une fois refroidi, une seconde couche d’huile, toujours au pinceau pour fixer le carbone et bien protéger le bois. je laisse ensuite sécher 2 jours avant d’assembler mon potager en carré et de le mettre en place.

Les avantages du brûlage sont multiples. Dans le cas du potager en carré, je cherche à éviter les champignons qui prolifèrent dans les zones en contact avec la terre. Ils aiment les coins sombres et peu ventilés. Dans une planche de coffrage classique, la pourriture cubique vient à bout de la structure du bois en moins de 3-4 ans. Le brûlage “Yakisugi” permet d’éliminer la cellulose dont ils se nourrissent. La surface brûlée ne présente donc plus d’intérêt pour ces champignons. Le carbone rend également le bois moins sensible à l’humidité.

Vous n’avez pas de bois ou ne voulez pas passer du temps à faire vos assemblages ? Vous voulez quand même avoir un potager en carré sans vis et durable grâce au Yakisugi ?

Pas de problème ! Vous pouvez acheter ou commander un potager en carré en douglas brut comme celui-ci et le brûler vous-même. C’est la partie la plus fun ! Pensez bien à huiler le bois avec de l’huile de Tung Sol-éco quand même 😉

Préparer la terre pour son potager en carré

Non. Je suis désolé !

Votre potager en carré ne se pose pas sur votre pelouse comme une jardinière… Pour récolter dans quelques semaines de beaux légumes, il ne suffit pas de déverser 4 sacs de terreau acheté à la jardinerie et basta !

En plus, du terreau ici j’en avais pas et mon sol est en glaise compacte. Alors, pour savoir comment préparer ma terre au mieux j’ai donc appelé mon ami Charles Hervé-Gruyer de la ferme du Bec-Hellouin. Avec sa femme Perrine, ils ont créé en une dizaine d’années un lieu incroyable au cœur de la Normandie. D’une petite vallée pauvre au bord d’un petit ruisseau où s’égaient quelques truites, ils ont fait un paradis d’abondance végétale. Jardin-forêt, vergers, jardins mandalas, culture sur buttes ou planches, chaque espace est soigneusement réfléchi puis entretenu amoureusement. Plus de 5000 personnes sont déjà venues se former ici au maraichage et à la permaculture !

D’ailleurs notre maraicher bio dans notre petite ville de campagne s’est formé là-bas… Aujourd’hui, c’est un homme heureux et qui vit très correctement de son activité.

Charles m’a donc délivré quelques précieux conseils pour préparer mon terrain.

1/ Décompacter le sol

Dans le fond, Charles m’a dit que le sol en argile n’est si grave que ça. Il met du temps à démarrer au printemps car l’humidité le garde froid plus longtemps. Par contre il est riche en minéraux. Il demande quand même à être un peu drainé et aéré.

Voici la méthode préconisée par Charles Hervé-Gruyer :

Sur l’aire prévue pour mon potager en carré, j’enlève une première épaisseur de bêche. Cet horizon est déposé à côté. Ensuite, à l’aide d’une grelinette je décompacte un second horizon que je laisse en place sans le retourner. Une fois le décompactage profond effectué, je remets le premier horizon dessus. Mon sol est maintenant un peu plus haut que le reste du terrain grâce au décompactage. Je peux maintenant poser ma structure de potager sur cette terre.

2/ Remplir le carré de potager

Comme je n’ai pas d’autre terre à disposition et que mon compost n’est pas prêt, Charles m’a donné d’autres astuces pour remplir mon cadre. D’abord, je suis allé chercher du fumier de cheval bien mûr chez un éleveur. J’ai mélangé cela au peu de terre végétale que j’ai trouvé en place. J’y ai ajouté des feuilles mortes, des fougères, des orties et un peu de glaise bien effritée. J’ai bien brassé le tout avec un fond de sac de terreau et j’ai réparti le mélange dans mes 2 zones de potager. J’ai ajouté à cela un gros paillage (fougère, paille de blé, tonte d’herbe, orties, déchets de cuisine).

3/ Arrosage

J’ai arrosé l’ensemble car une partie de mon mélange était assez sec. L’humidité est importante pour activer les bactéries.

4/ Plantation

J’ai suivi les recommandations de Charles en commençant par planter des courges. Elles s’accommodent bien d’un compost pas encore bien décomposé. Je pourrais ensuite y mettre des choux et du fenouil pour l’hiver. D’ici là, je vais continuer à apporter beaucoup de matière organique pour créer de l’humus : déchets de cuisine, feuilles, tonte…

Résultat

Une fois terminé, le résultat est vraiment sympa. Je crois que je vais en préparer d’autres sur le même espace. Ça tombe bien, il me reste du bois 😉

Le bois brûlé s’harmonise très agréablement dans la verdure ambiante. Cela donne une touche vraiment classe à notre potager… Et vous ? Prêt à tenter l’expérience ?

Guillaume de Sol-éco

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About Guillaume Le Penher

Ébéniste, verrier, designer et entrepreneur. Depuis ma formation initiale chez les Compagnons du Devoir, le virus du voyage ne m'a jamais quitté !

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