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Soyez incollable sur l’huile d’orange (D-Limonène) !

L’huile d’orange ou D-Limonène, efficace et naturel !

(Et devenez incollables sur le sujet en moins de 5 minutes chrono !)

 

huile d'orange 0,25l
Huile d’orange ou D-Limonène
Prêt à l’emploi !

Depuis que j’ai découvert l’huile d’orange ou D-Limonène, je n’ai jamais plus jamais acheté de diluants chimiques type white spirit, trichlo ou acétone ! Son efficacité combinée à son odeur incomparable d’orange fraiche m’a vite fait oublié ces vieux dérivés de pétrole. Rien de mieux pour nettoyer mes outils, spatules, pinceaux ou diluer huiles et graisses… avec une efficacité et un confort incomparable !

J’ai appris depuis que l’huile d’orange est déjà omniprésente dans nos vies quotidiennes ! Sous de multiples formes et pour de multiples usages… Je vous raconte maintenant tout ce que je sais à ce jour sur sa production, sa composition et ses qualités et ses usages.

Une orange pressée ?…

Orange Botanique !

Cette fameuse huile d’orange vient bien sûr de l’écorce du fruit simplement pressée à froid. Elle est produite en parallèle au jus d’orange, sur les mêmes chaines. L’extraction de l’huile de la peau aide au compostage (il n’y a plus de cire) tout en valorisant un “rebut”. C’est déjà intéressant !

De la famille des Rutacées, l’oranger doux est un des arbres les plus cultivé sur la planète ! Sa floraison printanière est abondante et remarquable par son parfum qui se diffuse jusqu’en été. Par contre, l’eau de fleurs d’oranger que nous utilisons en cuisine pour parfumer les crêpes et gâteaux est extraite de l’oranger amère ou bigaradier. Originaire de Chine, Citrus sinensis (l’oranger doux) est un arbre à feuilles persistantes et peu rustique. Adulte, il atteint 5 à 10 mètres de hauteur. Il affectionne les étés chauds et humides et les hiver doux et secs. En pleine terre, il se développe dans des sols acides, riches et bien drainés car ses racines détestent l’eau stagnante. Comme tous les agrumes, il faut le tailler pour encourager la fructification puisque les fruits ne se développent que sur les pousses de l’année.

Une orange pressée ?

La consommation de jus d’orange dans les pays occidentaux tend à se stabiliser voire à décliner mais le marché mondial reste dynamique à la faveur du développement de nouveaux marchés dans les pays émergents. Le Brésil reste le champion de la production d’orange et donc de D-Limonène. Les autres grands producteurs sont en Floride, en Espagne ou en Chine. Plus des 2/3 des oranges sont destinées au jus. En Floride, 90% des agrumes produits terminent en jus ! Ce secteur emploi 45 000 personnes au total et pèse 8,6 milliards de $ avec les retombées économiques pour l’état. en 2010, l’Europe et l’Amérique du Nord ont avalé plus de 80% de la production mondiale de jus ! Avec ces niveaux de business, ça ne rigole plus ! Du coup, le partage du marché ressemble à un cartel avec 4 entreprises qui écrasent littéralement le marché dont Coca-cola (Minute Maid) et Tropicana.

Il faut bien différencier la production de jus d’orange et la production de fruits frais. Le bassin méditerranéen réserve 85% de ses fruits pour la table quand le Brésil n’en mange que 20% ! Il y a 2 “mondes” de l’orange : le marché du fuit frais et la production industrielle de jus ainsi que plusieurs sous-produits (Limonènes, huiles essentielles, cires, pellets).

Le parfum enivrant de l’oranger…

Génétique et agrumes

Nous avons visité en 2009 une zone de culture d’oranges à jus implantée en joint-venture par “Tropicana” et une filiale du groupe de BTP chinois “3 Gorges construction group” au sud-est de Chongqing, en Chine. Cette zone avait été choisie spécialement pour la garantie hors-gel de son climat et une hydrographie naturelle favorable (les agrumes boivent beaucoup l’été !). Après plusieurs épisodes de gel en Floride au tournant du 21ème siècle, Tropicana avait décidé de collaborer avec la Chine pour sécuriser la production. Une bonne affaire pour Pékin qui a récupéré dans l’affaire toutes les souches variétales de Tropicana… Combinée à celles déjà cultivées en Chine, cela représente plus de 90% de la génétique mondiale des agrumes.

Maquette de la plantation et diversité génétique des oranges chez Pai Sen Bai, Chongqing, Chine

Géopolitique de l’orange

Au milieu des plantations, avec cette odeur permanente d’orange fraiche, se trouvent l’usine de pressage et la pépinière. Le jus produit était exporté en qualité NFC (Not From Concentrate) ou FCOJ (Frozen Concentrate Orange Juice) en cuves de 1000L. L’huile brute était revendue en Chine. Cette visite dans la campagne de Chongqing nous a fait comprendre une part de la géopolitique qui se joue derrière notre verre de jus d’orange ! Le jus d’orange vendu en Europe provient bien souvent du Brésil ou des États-Unis. Il arrive par tanker à des terminaux portuaires dédiés, notamment en Allemagne ! On est loin de la publicité idyllique du fruit frais pressé et bourré de vitamines (et de sucres…) ! Pourtant , c’est bien la vérité. Le jus de base arrive sous forme de FCOJ  pour être ensuite réhydraté et embouteillé.

Visite d’une usine de jus d’orange à Chongqing, Chine

Cette géopolitique de l’orange, elle commence avec les médecins chinois qui connaissent ses vertus médicinales depuis plus de 4000 ans. L’huile essentielle d’orange est très largement utilisée et ses bénéfices multiples. L’arbre s’est propagé jusqu’en Europe grâce à la route de la soie. Il est cultivé en Italie depuis la fin de l’Empire romain. En Espagne, ce sont les Arabes qui l’introduisent en Andalousie. Il a conquit les Indes occidentales au fil des explorations portugaises et espagnoles.

 

Pépinière et jeunes plants d’oranger à Chongqing, Chine

USAGES ET COMPOSITION DE L’HUILE D’ORANGE ou D-Limonène

L’huile d’orange ou D-Limonène,  est un terpène, c’est-à-dire un hydrocarbure comme le camphre ou le caoutchouc. Elle est commercialisée sous plusieurs dénominations : Terpène d’orange, huile d’orange, D-Limonène. Sa formule chimique est C10H16 et sa masse molaire est de 136,2g/mol. Son point éclair est de 48°C et son point d’auto-ignition est de 237°C. Le D-Limonène est également un constituant naturel de certains légumes comme le cornichon ou le céleri…Voilà, ça c’est dit !

Groupe de fleurs d’oranger par Sophie

Du menthol dans mon orange !

Depuis les années 60, l’industrie agroalimentaire utilise l’huile d’orange comme agent de saveur dans les boissons sans alcool, les chewing-gum ou les gâteaux. Je ne vous ai pas encore dit que c’est une molécule étonnante. En effet, le limonène est une molécule chirale, c’est-à-dire composée de 2 énantiomères. En gros, la molécule est composée de deux parties quasi-symétriques mais avec des propriétés différentes. Cela parait compliqué mais vous allez vite comprendre : lorsque l’on sépare les 2 énantiomères, l’un a le goût d’orange (D-Limonène) et l’autre le goût menthol (L-Limonène) ! L’huile d’orange (L-Limonène) est donc la première source de menthol pour l’industrie agroalimentaire !

Qui veut mon huile d’orange ou D-Limonène ?

On l’utilise aussi dans les savons, détergents et produit cosmétiques en tant qu’arôme. En décryptant les étiquettes des produits d’entretien ou de cosmétique vous vous rendrez compte que le Limonène est présent partout ! Plus étonnant, les propriétaires d’imprimantes 3D se ruent sur l’huile d’orange depuis quelques années car elle dissout (et 10 sous, c’est pas cher !) les fils HIPS qui soutiennent souvent la structure imprimée sans endommager le fil ABS.

L’industrie lourde n’est pas en reste et emploie le Limonène en tant qu’agent de dispersion ou de mouillage dans le secteur de la production de résines. J’ai trouvé beaucoup d’éléments intéressants dans la littérature technique québécoise car l’usage de l’huile d’orange s’est démocratisé plus vite outre-Atlantique. La recherche canadienne s’est donc intéressée de près aux usages et aux risques du Limonène. Quand je parle de Limonène tout court, il s’agit du mélange naturel L-Limonène et D-Limonène bien sûr !

 

Fleur d’oranger par Sophie

Protocole de Montréal

En 1987,le protocole de Montréal est signé. C’est le premier protocole mondial de protection de la planète. Il vise à éradiquer l’usage de certains produits chimiques et gaz. J’avais 10 ans et je me souviens que dans les années qui ont suivies, nous avons beaucoup entendu parler des CFC qui étaient responsables du trou dans la couche d’ozone… 30 ans après, la communauté scientifique est plus optimiste sur l’avenir de cette couche qui filtre certains rayons cosmiques néfastes.

Le Protocole de Montréal a interdit le Trichloroéthane et le trichloréthylène, des solvants industriels extrêmement volatils et toxiques. L’huile d’orange ou D-Limonène a remplacé ces solvants dans certains usages : dégraisser machines et soudure, nettoyer (dégraver) les écrans de sérigraphie, nettoyer les cartes électroniques, diluer et dissoudre les peintures glycérophtaliques et les huiles minérales ou végétales, dissoudre le cambouis… Tout en diffusant une odeur bien plus plaisante et moins agressive en comparaison avec les solvants chimiques. On l’emploi même pour nettoyer les tâches difficiles des fuselages d’avion !

Plastique orange…

le fatal tourne disque orange…

Les années 70 nous ont laissé de nombreux objets, meubles et tissus d’une belle couleur orange flashie… Le 21ème siècle nous apportera peut-être un nouveau matériau aussi prometteur qu’inattendu  : le plastique d’orange ! Il est fabriqué à partir d’huile d’orange combinée à du CO2. Ce n’est encore qu’un matériau de laboratoire mais je rêve déjà de le voir remplacer une part croissante de nos vieux polymères ! Orange ou pas, voici un plastique qui devrait mettre tout le monde d’accord…

Synthétique ou naturel ?

En effet il y a D-Limonène et D-Limonène… Certains produits sont entièrement chimiques. Notre D-limonène provient, lui, exclusivement d’origine NATURELLE ! Selon cette étude, la molécule d’origine naturelle serait moins allergisante que son homologue de synthèse. Toutefois, “naturel” ne veut pas dire “sans danger“. L’huile d’orange ou D-Limonène pénètre principalement par les voies aériennes. Il faut donc toujours travailler dans des lieux bien ventilés ! Le contact prolongé avec l’huile d’orange peut parfois assécher la peau et la rend photosensible.

Il y a peu d’études toxicologiques disponibles actuellement. La seule littérature existante est même parfois contradictoire. Les articles les plus complets sont canadiens. Je vous mets des liens intéressants à ce sujet en bas de page.

Comme en toute chose, appliquez votre bon sens ! Vêtements adaptés, lunettes de protections, gants, ventilation et/ou protection respiratoire sont maintenant des gestes normaux. Heureusement, nous ne sommes plus au temps des ouvriers clope au bec, dans un bruit assourdissant et un nuage de poussières d’enfer, sans aucune protection. Ils ne faisaient pas de vieux os mais ils étaient fiers d’effectuer un dur labeur ! J’en ai connu quelques-uns au début de mon apprentissage…

Fier mineur !
Tourneur-fraiseur

Do it Yourself…

Cet article vous a donné l’envie de produire votre propre huile d’orange ? J’ai déniché pour vous le site qu’il vous faut pour devenir le “pro” de l’extraction de terpène d’orange et enfin briller en société !

Si cet article vous a plu, faites-le circuler ! Diffusez le savoir… Et MERCI de m’avoir lu. Je réponds à tous vos commentaires et questions !

Amicalement,

Guillaume Le Penher

PS : Cet article est également le premier à accueillir les dessins de ma femme et creative partner for ever : Sophie !

Vous pouvez voir ses dessins quotidiens publiés notamment ici !

 

 

 

CENTRE ANTIPOISON : http://www.centres-antipoison.net/

FICHE DE SÉCURITÉ : lien

Sources :

  • Un travail très complet de Denis Bégin et Michel Gérin, du Département de Médecine du Travail et d’Hygiène du Milieu de l’Université de Montréal.

“La substitution des solvants par le D-Limonène”

http://www.irsst.qc.ca/media/documents/PubIRSST/B-057.pdf

  • Répertoire toxicologique canadien :

http://www.csst.qc.ca/prevention/reptox/Pages/fiche-complete.aspx?no_produit=248898

  • Un bon article scientifique sur tous les usages actuels et futurs de l’huile d’orange

http://www.exchem.fr/limonene.htm

  • Les tourbillons du marché mondial du jus d’orange

The world’s leading producer of orange juice is getting squeezed

  • L’huile essentielle d’orange

https://www.passeportsante.net/fr/Solutions/HuilesEssentielles/Fiche.aspx?doc=huile-essentielle-orange-douce

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Shou Sugi Ban : Une tradition japonaise exceptionnelle !

chalumeau et bois brûlé
brûlage du bois

Avez-vous déjà entendu parlé du Shou Sugi Ban ou Yakisugi ?…

Cette technique de brûlage du bois de bardage était très employée dans le Japon médiéval. En effet, comme dans les villes d’Europe, les maisons japonaises était majoritairement construites en bois. De plus, les rues étaient étroites. Cela favorisait la propagation d’incendies gigantesques comme celui de Chartres en 1134, de Bourges en 1252 ou ceux qui ravagèrent l’ancienne capitale du Japon : Edo. Ces incendies urbains étaient parmi les pires calamités que les habitants avaient à redouter. La ville d’Edo a connue à elle seule 85 incendies majeurs durant son histoire !

Des avantages multiples !

Les japonais ont donc pris l’habitude à cette époque de brûler les bardages de cèdre (cryptomeria japonica) qu’ils employaient pour leurs façades. Les avantages de cette technique sont multiples. D’abord, tout bois brûlé devient plus résistant et ralentit la propagation du feu entre les bâtiments. Le bois ainsi traité ne contient plus d’amidon dans ses couches supérieures, les insectes xylophages et les champignons n’ont donc plus rien à y faire ! Autre avantage, le bois brûlé est extrêmement résistant aux UV (qui est une des causes majeures du vieillissement du bois). Après le huilage final le bois est hydrofuge, limitant ainsi les variations dimensionnelles. Le bois ainsi préparé est réputé durer près d’un siècle ! Quel traitement chimique nous garantit une telle longévité ? Ne cherchez pas, il n’y en a aucun !

Vous l’aurez compris, le Shou Sugi Ban mérite vraiment qu’on s’y arrête car il présente de nombreux avantages pour la réalisation d’éléments extérieurs en bois massif. Les multiples variations des tons du brûlage du bois offrent également toute une palette d’effets pour la décoration intérieure. L’intensité du feu, les essences employées (cèdre, douglas, chêne, pin…) et le débit (dosse ou quartier) sont les 3 facteurs à explorer pour faire varier son esthétique.

Voici le procédé que j’utilise pour faire mon Shou Sugi Ban :

Matériel :

  1. Vos planches (essence, épaisseur et type de débit à votre convenance)
  2. Chalumeau de couvreur avec sa bonbonne de gaz
  3. De l’eau pour stopper le feu
  4. Brosse métallique ou synthétique (plus souple)
chalumeau en action
chalumeau en action

Huile de Tung Pure Sol-éco, bidon de 5 litres

Pure Huile de Tung 5L

Bidon de 5 litres, huile Sol-éco
huile Sol-éco

Procédé du Shou Sugi Ban :

Brûler le bois à l’aide du chalumeau en veillant à être régulier dans le brûlage pour obtenir une teinte homogène.

brûlage sur chêne
brûlage sur chêne

Lorsque le bois est bien brûlé en surface ou que vous estimez que sa teinte vous convient, arrêter le feu avec de l’eau puis laisser le bois à la verticale pour que l’eau puisse ruisseler hors de la planche. Laisser sécher quelques instants (variable en fonction du climat…).

stopper le feu avec de l'eau

Une fois la planche sèche, brosser le bois dans le sens des fibres pour enlever la couche carbonisée et friable. Pour cette étape, je préfère utiliser une brosse souple (type balai brosse) car elle creuse moins le bois.

brossage shou sugi ban
brossage des parties friables

Appliquer ensuite généreusement l’huile Sol-éco haute protection à l’aide d’un spalter ou d’une brosse large.

application de l'huile Sol-éco
application de l’huile Sol-éco

huilage au pinceau shou sugi ban

Puis, à l’aide du chalumeau, sécher l’huile en chauffant l’ensemble de la planche. Régler la flamme avec moins de puissance que lors du brûlage. Le but étant d’accélérer la catalyse de l’huile par évaporation des parties volatiles et non pas de rebrûler votre planche !

re-brûlage de l'huile
chauffer l’huile aide à la faire pénétrer en profondeur

Et voilà ! L’ensemble de ces opérations vous auront pris environ 10 minutes pour une planche de bardage classique. Votre bois est maintenant prêt à traverser le temps !

final shou sugi ban
c’est parti pour des décennies !

Utilisations du Shou Sugi Ban:

Hors le bardage, j’ai également utilisé cette technique pour mes potagers en carrés que je réalise avec du bois de coffrage (non-traité). L’avantage est d’utiliser du bois vraiment pas cher et de le rendre esthétique et durable même en contact direct avec la terre. Un autre avantage de cette technique est la constance de l’esthétique : en effet, le bois a le même aspect du premier au dernier jour. Plus de surprise ou de déception quant à l’évolution de sa couleur dans le temps !

Il existe de multiples applications au Shou Sugi Ban et quelque chose me dit que nous en verrons de plus en plus dans les années à venir… En guise de conclusion, je vous propose également une petite vidéo dont l’ambiance champêtre japonaise a tout pour me séduire !

Et maintenant, à vos chalumeaux !

Guillaume Le Penher